UN INDIEN AU PHARE OUEST

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L'APPALOOSA

(reportage réalisé lors du 3e Salon du Cheval de Montpellier) photos et interviews : Herve Ciret

 

Ses origines

"Taouka Last Spots", élevage Carolyn Styger (Savoie)

Au 16eme siècle, les espagnols débarquèrent sur la côte sud-est de l'Amérique du Nord en montant des chevaux tachetés. Se répandant à travers tout le pays, ceux-ci atteignirent les riches paturages des actuels états de l'Oregon, de l'Idaho et de Washington. Vivant près de la rivière Palouse, les indiens Nez-Percés élevèrent ces chevaux, tout en les sélectionnant, afin de ne jamais obtenir la même couleur de robe, de façon à identifier chaque cavalier qui les montait.

Bien que pacifiques, les Nez-Percés ne furent pas épargnés par les guerres indiennes. Fuyant l'armée américaine sur plus de 2700 kilomètres, pendant 107 jours, grâce à l'étonnante résistance de leurs chevaux tachetés, cette tribu indienne, menée par le chef Joseph, dut finalement se rendre. Ses montures furent abattues ou éparpillées par l'armée américaine. Au point que, dans les années 30, la race "Appaloosa" (en référence à la rivière Palouse) était en voie d'extinction. En 1938, des cavaliers américains créèrent le premier "stud-book", ainsi que l'Appaloosa Horse Club, en regroupant les rares juments rescapées des massacres. Aujourd'hui, la race recense une quinzaine de couleurs de robe. Les plus courantes sont : Blanket (blanc sur la croupe), Frost (givré), Marbleized (marbré), Leopard (tacheté sur tout le corps), Snowflakes (à flocons).

Davis Roux, éleveur d'Appaloosas professionnel à Entraigues (Vaucluse)

Mon père a toujours été fasciné par le cheval, les westerns, les indiens. Il y a 40 ans, il a commencé à faire de l'élevage de chevaux de couleur (Pie, Appaloosa) et en a importé des Etats-Unis. Ce qui fait que tout jeune, j'ai pratiqué la monte western.

L'élevage de cette race s'est-il beaucoup développé en France ?

Oui, il y a un engouement un peu partout en France pour cette race, y compris chez les éleveurs amateurs. Parce que c'est un cheval qui sort de l'ordinaire, de par la couleur de sa robe. Aujourd'hui, la couleur prime beaucoup, mais on cherche aussi un mental, un modèle, ce qui est fait que cela devient plus compliqué.

David Roux

Un Appaloosa est-il différent, en matière de mental, que les autres chevaux de monte américaine, comme le Quarter-Horse ?

Non. Seulement, on les voit moins dans les concours, car il n'y a que 600 000 Appaloosas dans le monde, contre plus de 4 millions de Quarter-Horse et seulement 2000 en France. Mais, leurs qualités physiques et mentales sont les mêmes que le Quarter, parce que la race Appaloosa a été croisée avec du Quarter, afin d'améliorer le mental de ces chevaux réputés difficiles et ayant du caractère. Donc, maintenant, quand on voit un Appaloosa, on croit voir un Quarter.

L'Appaloosa est-il adapté à toutes les montes ?

Dès que l'on parle cheval américain, on pense tout de suite à l'équitation western. Mais, l'Appaloosa est un cheval polyvalent, avec lequel on peut faire tout ce que l'on veut. Y compris l'utiliser en équitation classique ou pour le saut. Aux Etats-Unis, il y a des Appaloosas croisés avec des "pur-sang" anglais qui font du jumping à un très haut niveau.

L'appaloosa est-il très différent du cheval Camargue ?

Comme ce dernier, c'est un cheval de travail. La seule différence, c'est qu'aux Etats-Unis, il y a eu une sélection énorme sur les chevaux qui ne se fait pas en Camargue. En cheval Camargue, les juments, normalement, ne sont pas montées et sont d'office mises dans les marais comme poulinières, donc il n'ya aucune sélection. Alors que les américains choisissent les meilleures juments. L'avantage du Camargue, c'est qu'il est vraiment dans son élément. Mais, si on prend une jument Appaloosa dans les marais et qu'on lui fait faire un poulain, s'ils s'en sortent , le cheval américain s'adaptera et sera aussi bon que le Camarguais. Même mieux, lorsqu'il y a eu un coup de froid, en Camargue, il y a eu énormément de chevaux qui sont décédés, alors que l'Appaloosa résiste mieux dans les mêmes conditions.

"Xaintrie Success Kid" élevage C. Dichamp (Corrèze) monté par Marita Estival

"Joker Freckles", monté par J-P Arrot

Quelles sont les principales disciplines de la monte western ?

Le reining est la discipline reine en équitation western. Elle est reconnue par la fédération internationale avec un premier championnat du monde en 2002, à Jerez, en Espagne. C'est une épreuve de dressage qui comporte l'éxécution de figures, tels des cercles, à différentes allures, avec des changements de pied, des pirouettes sur les postérieurs (spin), des arrêts glissés sur les postérieurs (sliding stop), tout cela le plus fluidement possible, avec le moins d'aides possibles. Plus le travail du cavalier et du cheval est fin, plus cest apprécié.

Quelles sont les autres épreuves ?

Il y a le cutting, une discipline qui vient du travail des cow-boys avec le bétail. Le cavalier doit rentrer dans un troupeau d'une quinzaine de vaches et sortir un veau et l'empêcher de rentrer à nouveau dans le groupe, sans aider son cheval, en tenant d'une main le pommeau et de l'autre les rênes. Il y a aussi la western pleasure, une compétition qui s'effectue aux 3 allures (pas, trot,galop) au cours desquelles le cheval doit avoir l'encolure dans le prolongement du dos. Le cavalier est également jugé sur son attitude. Il y a aussi le trail, le passage d'obstacles, les épreuves de vitesse comme le barrel racing ou le pole bending et, puis, le working cow horse, une discipline qui monte pas mal en ce moment en Europe.

Il s'agit de guider un veau, de le faire galoper le long de la barrière, puis de le doubler et le couper contre le mur et de le faire repartir à l'autre bout du manège. Le cavalier doit également exécuter des cercles et des changements de pied avec le veau.

Les cavaliers français de monte américaine participent-ils à des compétitions aux USA ?

L'association française de barrel envoie régulièrement des cavaliers aux Etats-Unis, mais ceux-ci montent avec des chevaux qu'on leur prête sur place. En reining, il est arrivé que que deux cavaliers français montent sur des chevaux achetés là-bas, mais il n'y a jamais eu de coups d'éclats. Seul un français installé depuis 10 ans aux USA a fait deuxième au championnat du monde de reining en 1999 en "limited open". Il s'agit, en l'occurence, de mon frère.

Jean-Luc Corcoy, éleveur d'Appaloosas amateur à Saint Estève (Pyrénées Orientales)

"Dune Mighty Fine", élevage J-L Corcoy

Je suis détaillant en fruits et légumes. Depuis, l'âge de 14 ans, je me lève chaque jour à 4 heures du matin pour finir à 7 heures du soir. Mais, ma passion des chevaux m'a aujourd'hui conduit à relâcher un peu, au niveau du travail, et à prendre quelques après-midi pour m'occuper de mes chevaux. C'est une passion que j'ai toujours eue, mais que je n'ai pas pu assumer plus jeune. Après avoir joué au rugby pendant 14 ans, je me suis lancé dans l'élevage amateur de chevaux.

Au départ, il ne s'agissait pas d'Appaloosas ?

Pas du tout. C'étaient des chevaux de promenade, sans papiers, puis des chevaux espagnols. Et un jour, l'un d'entre eux m'a piétiné. J'ai eu 6 côtes cassées et un poumon perforé et l'accident m'a cloué au lit pendant 3 semaines. Durant quelques temps, j'ai eu une appréhension. Et puis, très rapidement, j'ai commencé à acheter mon premier Appaloosa, ma jument, "Dune Mighty Fine", née en Amérique. C'était le mental du cheval qui était important pour moi, car ce sont des animaux à sang froid, qui réagissent beaucoup moins violemment que d'autres races de chevaux. Ensuite, j'ai pratiqué l'éthologie pendant un an, à Mirepoix, avec la dresseuse professionnelle Elisabeth de Corbigny. Aujourd'hui, je possède 8 Appaloosas.

 

Vous vous êtes même lancé dans la compétition ?

"Summer du Sagiran"

Il y a 4 ans, ma première participation à un championnat de France, a déclenché chez moi l'envie de continuer. En 2000, à Saumur, je suis monté sur la deuxième marche du podium. En 2001, j'ai été vice-champion de France AFEW (Association Française d'Equitation Western) et, en 2002, j'ai décroché le titre de champion de France Appaloosa.

Comment conciliez-vous votre passion avec votre métier ?

C'est un véritable problème pour moi, car, je tiens un commerce et je dois abandonner mes employés. Mon rêve serait de partir en Amérique, dans un ranch, pour trier les veaux. Cette année, je suis allé faire un stage à Puech-Maynade, près de Rodez, afin d'apprendre à manipuler des veaux à cheval pendant 3 jours. C'est fabuleux, c'est un autre monde.

Donc, si vous vous reconvertissez, ce serai dans ce métier-là ?

Tout à fait. De toute façon, c'est ce qui va se produire. C'est mon objectif. Je ne me vois pas continuer à travailler jusqu'à 65 ans. Je me suis donné le but d'arrêter de travailler à 50 ans pour élever mes Appaloosas.

 

Quelques liens sur les Appaloosas...

En France :

Appaloosa Horse Club de France 9 rue des Bruyères 89360 La Chaussée tel/fax 03 86 43 25 34

Western Horse Association de l'Ouest (Bretagne)

Armor Appaloosas (Bretagne)

Aux USA :

Appaloosa Horse Club 2720 W. Pullman Road Moscow ID 83843 USA tel 00 1 208 882 55 78

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