| L'AMERIQUE DE... VICTOR HUGO (1817 - 1874) |
L'EXEMPLE AMERICAIN
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Si Victor Hugo s'est beaucoup passionné pour l'Amérique, il n'en a jamais vu les rivages. Contrairement à sa fille Adèle qui, en 1863, suite à ses déboires amoureux avec le lieutenant Pinson, s'est retrouvée à New-York et envisageait un moment de s'installer à Halifax, en Nouvelle-Ecosse. Cela dit, Victor Hugo s'est surtout intéressé aux héros et grands hommes d'Etat américains : Colomb, Penn, Franklin, John Brown ou encore Abraham Lincoln. Des modèles, selon Hugo qui permettaient au peuple de progresser. Aussi l'Amérique est-elle, pour l'homme politique français devenu républicain en 1847, l'exemple à suivre. Même s'il est très déçu par la position des américains sur la peine de mort et l'esclavage. |
LES INDIENS
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Jeune écolier de 15 ans, Victor Hugo, né en 1802, évoque déjà les indiens d'Amérique du Nord dans ses poèmes. Il est alors fasciné par leur côté primitif et par la beauté des grands espaces dans lesquels ils vivaient. Après 1830, l'écrivain abandonne cette vision idyllique du Nouveau Monde et s'en prend aux "civilisateurs" blancs, pourchasseurs d'indiens : "Vous croyez civiliser un monde, lorsque vous l'enfièvrez de quelque fièvre immonde, quand vous troublez ses lacs, miroirs d'un dieu secret, lorsque vous violez sa vierge, la forêt. Quand vous chassez du bois, de l'antre, du rivage, votre frère naïf et sombre, le sauvage... Et quand jetant dehors cet Adam inutile, vous peuplez le désert d'un homme plus reptile... Idolâtre du dieu dollar, fou qui palpite, non pour plus pour un soleil, mais pour une pépite, qui se dit libre et montre au monde épouvanté l'esclavage étonné servant la liberté ! " (poème "La civilisation" extrait de "Toute la lyre") |
LES ESCLAVES NOIRS
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dessin de Hugo distribué lors de la condamnation de Brown |
C'est en 1859, depuis son ”île-exil" de Guernesey que Victor Hugo s'élève contre l'éxécution d'un esclave noir, John Brown. Un évènement qui, selon certains historiens, fut le point de départ de la guerre de Sécession. Déjà, huit auparavant, sollicité par la présidente d'une association anti-esclavagiste américaine, Hugo avait affirmé son désir de voir les noirs libérés de l'esclavage et être émancipés au sein de la société américaine. Mais, l'écrivain et homme politique français ne proposait alors aucune solution pratique aux abolitionnistes confrontés à la coexistence des deux races . Le drame s'était produit le 16 octobre 1859, à Harper's Ferry, un village aux confluents des rivières Shenandoah et Potomac, près de Washington, où étaient entreposées les munitions fédérales. John Brown, abolitionniste farouche, persuadé qu'il fallait libérer les noirs par la violence, désirait s'emparer des armes stockées dans l'arsenal d'Harper's Ferry et établir une place forte composées d'esclaves libérés. Accompagné par une vingtaine d'hommes, il coupa les fils télégraphiques et se retrancha dans la caserne des pompiers. L'armée américaine, avec à sa tête le général Lee - qui s'illustera plus tard dans la guerre de Sécession - arriva sur place. Deux jours plus tard, John Brown fut grièvement blessé, fait prisonnier et accusé de trahison, de meutre et de conspiration pour avoir permit à des esclaves noirs de se rebeller en leur fournissant des armes. L'affaire fit grand bruit en Amérique. Au point que certains nordistes américains essayèrent de réunir une somme importante, afin de faire délivrer John Brown. Le 2 novembre 1859, il fut condamné à mort par pendaison. Dans le Nord des Etats-Unis, de nombreuses manifestations en faveur du rebelle se succèdent : on tire des salves de canons, on sonne les cloches, on offre des prières. A Guernesey, même s'il ne lit pas l'anglais, Victor Hugo reçoit les journaux "The Republican" de New-York et "The Messanger" de San Francisco. Son plaidoyer enflammé en faveur de John Brown est publié par plusieurs journaux anglais et reproduit par un tiers des gazettes américaines. Si certaines d'entre elles comprennent la démarche d'Hugo, des journaux sudistes traiteront Hugo de "poète français fou". En 1867, lors de la souscription lancée pour offrir une médaille à la veuve de John Brown, l'écrivain français depuis Guernesey écrira : "L'Amérique doit à John Brown une statue aussi haute que la statue de Washington. Washington a fondé la république, John Brown a promulgué la liberté." |
ABRAHAM LINCOLN
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En
1865, Victor Hugo écrit à Andrew Johnson, qui accède
à la présidence des Etats-Unis, après l'assassinat
d'Abraham Lincoln. Hugo admirait l'abolitionniste et respectait cet
américain issu du peuple qu'il considérait comme digne
et honnête. Son portrait dédicacé lui fut adressé.
portrait d'Abraham Lincoln dédicacé à Victor Hugo |
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LE RETOUR DE HUGO EN FRANCE
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Après la capitulation de Napoléon III à Sedan, l'Amérique est le premier pays à reconnaître la République française. Après quinze ans d'exil à Guernesey, Victor Hugo est de retour à Paris. L'information est commentée par la quasi-totalité des journaux américains. "Le Courrier des Etats-Unis" cite les paroles d'Hugo devant le drapeau américain flottant à côté de ceux de l'Italie, de la Suisse, de l'Espagne à sa sortie de la gare : "Cette bannière étoilée parle aujourd'hui à Paris et à la France, proclamant les miracles de puissance qui sont faciles ˆ un grand peuple luttant pour un grand principe - la liberté de toutes les races, la fraternité de tous." Cette allusion au drapeau américain est reprise par les journaux qui témoignent de l'admiration de l'écrivain pour la jeune nation. |
HUGO ET LA PRESSE AMERICAINE
| C'est en avril 1863, à Guernesey, qu'un journaliste américain rencontre Victor Hugo pour la première fois. Il s'agit de Theodore Johnson du "Harper's New Monthly Magazine". Celui-ci est très frappépar l'aspect physique de l'écrivain, avec ses cheveux blancs et ses traits burinés. En 1870, le "Appleton's Journal" publie un article rédigé par un officier de la marine américaine dont le bateau passait à proximité des côtes de Guernesey. A cette époque Hugo est absent, mais un de ses proches lui fait visiter "Hauteville House", l'antre du poète. Rentré à Paris, après son exil, Hugo continue de recevoir la visite de journalistes américains. Lucy H. Hooper de l' "Appleton's Journal", qui a étudié le français et vénère l'écrivain, passe quelques heures avec lui, au 21 de la rue de Clichy, en compagnie de Juliette Drouet, l'égérie d'Hugo. La même journaliste écrit un autre article pour le "Lippincott's Magazine". Puis, c'est un correspondant du "New-York Times" qui suit Victor Hugo lors d'un congrès littéraire en 1878, puis le rencontre et resort charmé par celui qu'il estime être " l'un des meilleurs causeurs du monde". Une autre femme journaliste, Emily F. Wheeler, qui vit dans une famille amie des Hugo, publie un article dans le "Potter's American Monthly" de Philadelphie. Plus inattendu, le "Century Magazine" demande à l'écrivain français du Midi, Alphonse Daudet, de rédiger un article sur Victor Hugo qu'il a toujours admiré. Ainsi, jusqu'à sa mort, les journaux américains publieront des articles sur l'homme de lettres. |
PARUTION DES OEUVRES DE VICTOR HUGO EN AMERIQUE
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"Hans d'Islande", le premier roman de Hugo qui évoque des monstres norvégiens, paraît en France en 1823. Il sera traduit en Amérique vingt ans plus tard sous le titre de "Hans of Iceland or the Demon of the North". Publié l'année suivante dans une collection bon marché, ce livre eut beaucoup de succès aux Etats-Unis. Hélas, l'exemplaire qu'en possédait la Bibliothèque du Congrès américain a été perdu. Le second, "Bug-Jargal", qui traite de la révolte des esclaves dans l'île de Saint-Domingue, n'attendra que sept ans pour être lu par les américains, sans doute parce que l'esclavage était l'un de leurs sujets de préoccupation. En 1834, suit "The Hunchback of Notre-Dame" (Le Bossu de Notre-Dame), puis vingt-huit ans plus tard, "Les Misérables". Bien que publié en pleine guerre de Sécession, ce roman sera le plus imprimé aux Etats-Unis et "le seul livre d'importance publié dans les frontières de la Confération du Sud pendant la guerre", écrira le "Evening Bulletin" de la ville de Providence dans le Rhode Island. (traduction de "L'homme qui rit") |
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La vente des "Misérables" sous forme de petits fascicules séparés finit par faire connaître Victor Hugo Outre-Atlantique. En 1869, "The man who laughs" (L'Homme qui rit"), qui dépeint l'aristocratie anglaise, est publié sous forme de feuilleton dans le "Appleton's Journal" de New-York. Le roman est commenté par des centaines d'américains. Quant à "Ninety-Three (Quatre-Vingt-treize), il paraît aux Etats-Unis, en 1874, dans une traduction fidèle, ce qui n'a pas toujours été le cas des précédentes traductions. Contrairement à ses romans, les oeuvres théâtrales et poètiques d'Hugo ont étébeaucoup moins traduites en Amérique. Ce qui n'empêche pas des pièces comme "Hernani", "Esmeralda or the deformed of Notre-Dame" (Notre-Dame de Paris), "Francis the First" (Le Roi s'amuse), "Lucrèce Borgia" ou "Ruy Blas" d'y avoir été jouées. Des opéras inspirés des drames d'Hugo seront même composés par des auteurs américains, bien que l'écrivain se soit toujours opposé à la mise en musique de ses oeuvres. En revanche, des extraits de ses livres sont reproduits dans les manuels de lecture scolaires Outre-Atlantique dès 1825. Informations extraites de "Victor Hugo et les américains" de Monique Lebreton-Savigny aux Editions Klincksieck (1971) A découvrir, également, l'histoire de son exil dans l'île anglo-normande de Guernesey et sa Biographie |