UN INDIEN AU PHARE OUEST

site conçu et réalisé par Herve CIRET

 

click hereenglish



 

WESTERNS CAMARGUAIS

 

Les américains ne sont pas les seuls à avoir réalisé des films "westerns" avant l'avènement du cinéma parlant. De nombreux films "muets", mettant en scène des cow-boys et des indiens, ont été tournés en France entre 1907 et 1914. ils ont été commercialisés, tant en France qu'aux Etats-Unis, où le public et la critique ont salué le caractère authentique de ces films.

 

JOE HAMMAN, LE "JOHN WAYNE" FRANCAIS

joe hamman

Joe Hamman

En 1905, Joë HAMMAN, un jeune français parti vivre dans une réserve indienne, est de retour en France avec le "Buffalo Bill Wild West Show", le spectacle équestre du Colonel William CODY. A l'occasion d'une représentation de la troupe à Nîmes, dans le Gard, le Marquis Folco de BARONCELLI, éleveur de taureaux en Camargue, vient proposer les services de ses "gardians", gardiens de troupeau à cheval.

Joë et Folco sympathisent. Des liens d'amitié se nouent également entre le manadier camarguais et des indiens participant au spectacle. Certains d'entre eux viennent en Camargue assister à un lâcher de taureaux. Cette amitié pour les indiens, Folco va l'entretenir, par la suite, de façon épistolaire, allant jusqu'à composer un long poème en provençal condamnant le génocide de ce peuple.

Quelques années plus tard, Joë HAMMAN, devenu scénariste, acteur et metteur-en-scène de films d'aventure, reprend contact avec Folco de BARONCELLI. Au lieu de continuer à tourner ses "westerns" muets dans les carrières de pierres de la région parisienne, Joë propose à son producteur d'utiliser les magnifiques décors naturels du Sud de la France.

Folco de Baroncelli

TOURNAGES EN CAMARGUE

joe hamman

Hamman et Pieds-Blancs

A l'époque, cette proposition tenait de l'expédition au fin fond de l'Afrique. Les moyens de tournage étaient, le plus souvent, confinés dans les studios. De plus, peu d'acteurs étaient assez sportifs pour effectuer leur propres cascades. Les "doublures" n'existaient pas encore.

Le relief tourmenté des rochers des Baux-de-Provence et les étendues désertiques de la Camargue, aux abords des Saintes-Maries-de-la-Mer, rappelent les paysages du "Far-West" américain. Les tenues de cow-boys et d'indiens ramenées des Etats-Unis par Joë HAMMAN, les chevaux et les taureaux camarguais mis à sa disposition par Folco de BARONCELLI et l'habileté de ses "gardians"donnent un caractère authentique à ces westerns "made in the South of France". Ceci explique le succès de ces films auprès du public français, mais également américain.

tournage en camargue

scène de tournage

SCENARIO DE DEUX PAGES

l'attaque du train

C'est l'époque du film muet. Le scénario tient en général sur deux pages. Quant aux conditions de tournage, elles sont souvent rocambolesques, Joë HAMMAN improvisant souvent certaines scènes. Ainsi, l'attaque d'un train est-elle filmée à l'insu des voyageurs, à l'occasion du passage du petit train à vapeur reliant Arles aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Joe s'approche à cheval d'une voiture à passagers, saute dans un compartiment et en menace les occupants avec son révolver. Une vielle dame, croyant qu'il s'agit d'une véritable agression, assène plusieurs coups de parapluie sur la tête de l'acteur. La scène, très réaliste, est finalement conservée au montage.

Dans une autre scène, le conducteur de la locomotive doit arrêter sa machine seulement à quelques centimètres de l'acteur dont le corps est ligoté sur les rails. Plusieurs prises sont nécessaires, si bien que Joë HAMMAN resté trop longtemps exposé au soleil s'évanouit. Spontanément, le conducteur de la locomotive agite son mouchoir au-dessus du visage de l'acteur, afin de le réveiller. L'opérateur de prise de vues continue de tourner et la scène est finalement conservée lors du montage final.

scène de tournage

COW-BOYS ET GARDIANS

le railway de la mort

Pour réussir toutes ces cascades, il faut un acteur chevronné, mais également des figurants (hommes et chevaux) particulièrement aguerris à ce genre d'exercice. C'est Folco de Baroncelli, le manadier, ami de Joë, qui les fournit, jouant lui-même, à l'occasion, le figurant. Ses gardians sont payés à la journée pour "faire le cow-boy ou l'indien". Petit à petit, ces derniers se prennent au jeu de ces westerns, plus distrayants et valorisants que leur rude métier de gardien de taureaux à cheval. Au point que le "gardian" camarguais est alors mythifié par le cinéma, au même titre que le cow-boy américain.

La guerre 14-18 et l'arrivée du film parlant ont raison des films westerns "made in Camargue". Au lendemain de la première guerre mondiale, les producteurs français ne s'aventurent plus dans un style de films que les américains ont, entre temps, développé et qui raconte, avant tout, leur propre histoire.

la prairie en feu

(informations recueillies lors de recherches documentaires, d'interviews de descendants et de proches et à partir du livre "les indiens de Buffalo Bill et la Camargue", aux Editions de La Martinière, 1994. textes : Serge Holtz, Thierry Le François, Jacques Nisssou, Rémi Venture et photos : Bernard Delgado, photo J+M, Réunion des musées nationaux, Musée de la publicité, Serge Holtz, Jacques Nissou).

A voir également ! : "Cow-Boy sans Retour", documentaire TV sur l'histoire de ces premiers westerns français diffusé sur la chaîne TV Equidia, sur France 3 Méditerranée et projeté au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo

HAUT DE PAGE